À propos de l'auteur

Il y a des écrivains qui choisissent un décor. Et puis il y a ceux que le décor a choisis, depuis toujours, bien avant le premier mot posé sur la page. Henry Lestrade appartient à cette seconde famille — celle des enracinés, des hantés, des hommes qui écrivent parce qu'un pays leur parle et qu'il faut bien que quelqu'un transcrive ce qu'il dit.

Lestrade n'est pas venu à l'écriture par la voie classique. Pendant des années, c'est dans le monde de la finance qu'il a exercé, loin des plateaux granitiques de la Creuse, loin des forêts profondes et des rivières noires qui avaient bercé son enfance. Mais la Creuse ne lâche pas ceux qui lui appartiennent. Elle attend. Elle sait que ses enfants reviennent. Henry Lestrade est revenu.

Ce retour au pays familial — dans cette Creuse silencieuse et rude, terre de landes, de brumes et de mémoires enfouies — n'a pas été un repli. Il a été une renaissance. Car ce que Lestrade a retrouvé en posant de nouveau le pied sur cette terre, ce ne sont pas seulement des paysages : ce sont des voix. Celles des veillées d'autrefois, quand son oncle Paul et son cousin Henri, au coin du feu, racontaient. Des histoires de loups qui n'étaient pas tout à fait des loups. De pierres qui portaient des noms que plus personne ne savait prononcer. De lieux où l'on n'allait pas à la nuit tombée, non par superstition, mais par respect — ou par prudence. Ces récits, transmis dans la chaleur âpre des soirs creusois, ne l'avaient jamais quitté. Ils s'étaient simplement tus, le temps que l'homme revienne à l'endroit où il pouvait enfin les entendre de nouveau.

Mon univers

De cette matière vivante — mi-légende, mi-histoire, toujours inquiétante — sont nées deux veines littéraires distinctes et pourtant irriguées par la même source.

La première, Les Légendes mystérieuses de la Creuse, plonge directement dans le substrat folklorique et fantastique de la région. Avec Le Loup-Garou de Satagnat, Lestrade réveille l'une des figures les plus anciennes et les plus tenaces de l'imaginaire rural français : la bête qui rôde, l'homme qui se transforme, la frontière incertaine entre le civilisé et le sauvage, entre le village et la forêt. Dans L'Ombre du Croissant, c'est une autre strate du mystère creusois qu'il explore, plus souterraine encore, plus insaisissable — celle des signes, des présages, des formes à demi devinées dans la pénombre d'un monde qui n'a jamais été tout à fait désenchanté. Ces récits ne sont pas des contes. Ce sont des chroniques de l'étrange, ancrées dans une géographie réelle, nourries par la certitude que le surnaturel, en Creuse, n'est pas une hypothèse : c'est une couche du sol, juste sous la surface.

La seconde série, Les Enquêtes du Commandant Guy Loussa, emprunte les codes du polar pour mieux les tordre. Ici, le crime est réel, l'enquête méthodique, les personnages de chair et de doute. Mais le terrain — toujours le Limousin, ses vallées encaissées, ses plateaux ventés, ses villages aux murs épais — impose sa loi. Dans Le Mystère du Gour Nègre, l'eau noire d'un gouffre limousin devient le cœur battant de l'intrigue, ce point d'ombre autour duquel tout tourne et vers lequel tout converge. Dans Le Trésor des Lémovices, c'est l'histoire gauloise elle-même qui resurgit — un oppidum oublié, une tablette de bronze, un savoir antique qui tue encore deux mille ans après avoir été gravé. Le commandant Loussa, raconté par son fidèle adjudant Marbot, enquête moins sur des crimes que sur des profondeurs : profondeur du temps, profondeur de la terre, profondeur des silences villageois. Ce n'est pas un policier qui résout des affaires. C'est un homme qui descend, couche après couche, dans ce que le pays refuse de dire.

On sent, derrière chaque page de Lestrade, la présence d'une bibliothèque intérieure aussi sombre que cohérente. Lovecraft, d'abord et avant tout — cette idée terrible que le monde recèle des savoirs qui ne nous étaient pas destinés, que certaines portes ne devraient pas être ouvertes, que l'horreur n'est pas dans le monstre mais dans la connaissance. August Derleth, ensuite, pour cette manière d'ancrer le cosmique dans le provincial, de faire d'un comté rural le théâtre de forces qui dépassent l'entendement. Conan Doyle, pour la rigueur de l'enquête et le duo indéfectible entre l'esprit brillant et le narrateur loyal — on ne peut lire Loussa et Marbot sans penser à Holmes et Watson, transposés dans la boue limousine. Rider Haggard, pour le goût de l'aventure archéologique, du trésor enfoui, de la civilisation perdue dont les vestiges irradient encore de puissance. Abraham Merritt, enfin, pour cette prose enveloppante, ce sens du mystère comme atmosphère totale, cette façon de décrire un lieu jusqu'à ce que le lecteur sente la brume sur sa peau.

Mais Lestrade n'est l'imitateur de personne. Ce qui fait sa voix propre, c'est le sol. Ce sol creusois qu'il connaît par le sang, par les semelles, par les récits de veillée. Ses livres sentent le granit mouillé, la fougère morte, la fumée de cheminée. On y entend le vent sur les plateaux, le silence des hameaux à la nuit tombée, le bruit sourd d'une rivière que personne ne regarde et qui pourtant, en son fond, garde des secrets que les hommes ont oubliés — ou voulu oublier.

Henry Lestrade ne raconte pas la Creuse. Il la traduit. Il donne une langue à ce qui, dans cette terre ancienne, n'avait jusqu'ici que le silence pour s'exprimer. Et ce qu'il en tire — polar, fantastique, chronique historique, tout à la fois — a la couleur exacte de ce pays : sombre, profond, et impossible à oublier une fois qu'on y a mis le pied.gez dans un univers où les légendes rurales se mêlent aux mystères historiques sombres.

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